« Les cinq vies d’un renard glouton » de Nathy d’Eurveilher avec une interview

Roselito est un renard à cinq queues, et c’est surtout un glouton qui ne pense qu’à son propre plaisir. Il ne mange que le meilleur de ses aliments : la tomate parfaite, le côté gauche des pommes, les oreilles droites des lapins … sans jamais partager avec personne !
Hélas, arrive le jour où son île paradisiaque est dévastée en raison de ses mauvaises habitudes : il ne reste plus rien à manger.
Dénichant une carte au trésor, Roselito entreprend un très long voyage, convaincu que ce trésor le mènera à un endroit de rêve : une caverne de nourriture infinie. Il doit déjouer bien des pièges pour atteindre sa destination, au bout du bout du Nord. Un vieux barbu en manteau rouge l’y accueille, et lui offre une chance de trouver la clé du véritable bonheur.
Roselito saura-t-il changer son mode de vie pour honorer ce cadeau ?

Les cinq vies d’un renard glouton est un conte moderne qui sensibilise au gaspillage alimentaire, et éveille aux valeurs du partage et à l’épanouissement personnel.


4 sur 5

Un conte pour enfants qui soulève des questions très importantes concernant la surconsommation, ce à quoi aboutit celle-ci et les conséquences que celle-ci peut avoir sur la nature et les personnes qui nous entourent.

Des petites questions parsèment le livre, ce qui permet d’interagir avec l’enfant qui découvre l’histoire, qui permettent aussi de se poser les bonnes questions et faire réfléchir sur certains sujets importants et d’actualité.

Le livre sensibilise au gaspillage des ressources qui nous entourent, malgré le sujet sensible, le conte se lit d’une traite et est quand même très adapté pour faire comprendre aux plus jeunes le souci. Celui-ci est rempli d’aventure, on ne s’ennuie jamais avec Roselito.

Même si les illustrations ne sont pas vraiment mon genre, je les ai beaucoup appréciés et je pense qu’un enfant sera assez vite entraîné vers celle-ci avec leurs couleurs assez vives qui attirent bien l’œil.

Le personnage principal, Roselito a besoin d’une prise de conscience dès le départ, persuader que le monde tourne autour de lui, il ne pense pas assez à son environnement ainsi qu’à ses congénères. Il évolue au fil des pages et ça fait du bien à voir, il devient vraiment attachant et plus mature. Ils rencontrent des personnages tout aussi attachants au fil de son aventure et l’on découvre pas mal de choses à ses côtés.

Ce conte n’a pas d’âge pour être lu, moi-même, j’ai apprécié le découvrir et j’y ai découvert des leçons de vie à partager autour de moi. Les plus petits devraient aussi aimer la présence de Roselito le renard à leur côté.


Titre : Les cinq vies d’un renard glouton

Autrice : Nathy d’Eurveilher

Illustratrice : Tsik

Nombre de page : 80

Date de parution : 10/11/21


Interview de Nathy d’Eurveilher

Comment vous est venue l’idée de ce sujet en particulier ? 

C’est un sujet qui me tient à cœur, parce que j’ai vécu plus de vingt ans en Afrique et je suis toujours abasourdie de voir le modèle de surconsommation occidental, surtout quand on sait les volumes pharaoniques que représente le gaspillage alimentaire au niveau mondial et toutes les populations que l’on pourrait nourrir avec cette nourriture déjà existante.  
J’écris des livres pour enfants afin de véhiculer des messages de conscientisation et de réflexion sur le monde qui les entoure. Or j’ai remarqué que le sujet du gaspillage alimentaire est particulièrement absent des récits jeunesse. On trouve des livres sur la surconsommation des objets, quelques-uns aussi sur le zéro déchet, mais quid du gaspillage alimentaire qui pourtant pèse très lourd dans les « vices » de notre modèle sociétal ?

Pourquoi avoir mis en scène un renard dans cette histoire, cela a-t-il un but particulier ?

Cette histoire est d’abord née dans le cadre d’une session de l’activité « Je crée mon histoire magique » que je propose aux enfants de 7 à 14 ans. Et le héros qui avait été pioché au sort ce jour-là était « un renard à neuf queues ». C’est certain que lorsque j’ai décidé de reprendre ce texte et de le réécrire pour en publier un livre, j’aurai pu choisir de changer l’animal. Mais j’ai trouvé qu’au contraire le renard se prêtait très bien à la thématique du gaspillage alimentaire et des répercussions décrites dans le conte. D’abord, c’est un animal familier de l’univers des contes et j’ai souvent regretté l’image essentiellement négative qu’on véhiculait de lui dans les récits pour les enfants alors qu’il a beaucoup d’aspects positifs. Par ailleurs, dans les faits, cet animal sauvage se familiarise de plus en plus avec les environnements urbains du fait de la destruction de son habitat naturel, et … parce qu’il y trouve aussi des avantages indéniables : de plus en plus de banlieues d’Angleterre ou même du Canada voient des renards circuler dans leurs rues et ceux-ci profitent du gaspillage alimentaire des humains pour trouver des sources de nourriture plus faciles d’accès. Le renard a un régime flexitarien qui fait qu’il va apprécier un reste de sandwich ou même de pizza. Cela semble incroyable, mais c’est authentique … et cela questionne beaucoup sur l’évolution de la nature.

Sensibiliser les enfants au gaspillage à travers un conte est un assez grand défi, pensez-vous que votre livre peut avoir un but pédagogique à ce sujet ? 

Est-ce que je pense que ce livre peut avoir un but pédagogique ? Indéniablement ! Je l’ai conçu pour cela, aussi j’espère bien qu’il réussira sa mission et qu’il saura trouver une place dans les écoles. La visée pédagogique de ce conte est inscrite dans les questions aux lecteurs qui émaillent le récit et qui incitent à ouvrir une discussion et mener une réflexion. Par ailleurs, j’ai conçu des fiches pédagogiques avec des activités axées sur le gaspillage alimentaire pour les mettre à disposition des enseignants qui souhaitent travailler cette thématique dans leurs classes à partir de mon livre.

Comptez-vous encore faire des contes dans la même lignée que celui-ci ? Un genre de mini série de contes sensibilisant à des sujets importants ? 

Je ne peux pas parler de « mini série » car chacun de mes contes est très différent du précédent et du suivant. Cependant, comme je l’ai mentionné plus tôt, j’écris de la littérature jeunesse avec pour objectif déclaré de sensibiliser et conscientiser les enfants à des sujets d’actualité ou des valeurs humaines importants à mes yeux. Cela fait partie de l’ADN de mes écrits, de même que véhiculer l’image d’un monde inclusif (à l’instar d’un renard masculin qui aime les fleurs et le rose. J ) Dans mon précédent livre Zizanie en cuisine , j’ai pris pour prétexte une recette de cuisine afin de parler aux enfants de la bienveillance, de la différence et de la solidarité.  

Comment vous est venue l’idée des questions qui parsème le conte afin d’interagir avec l’enfant par rapport à l’histoire ? 

Cette idée est arrivée assez tardivement dans mon processus d’écriture. Je travaillais sur mon dernier round de réécriture avant d’envoyer mon manuscrit en bêta-lecture, et je tournais littéralement en rond dans mon salon parce que je trouvais qu’il manquait quelque chose pour le rendre plus dynamique et mieux répondre à mon objectif pédagogique. Tandis que je faisais les cent pas en relisant mon texte à voix haute, mon chien a cru que j’allais lui proposer une sortie. Il s’est planté devant moi avec la queue frétillante et l’œil brillant, et comme je parle à mon chien, je lui ai posé une question en rapport avec la dernière phrase lue : « et toi, lui ai-je dit, t’en penses quoi de l’attitude de Roselito ? ».  
Bingo ! J’ai sauté au plafond, mon chien a sauté sur moi, et il a obtenu sa randonnée dans le bois, en récompense de sa précieuse contribution. Je dis toujours qu’il est mon super assistant, ce n’est pas pour rien !   

Qui a créé les illustrations et comment c’est passé la création de celles-ci ? Sous vos consignes ou grâce à l’histoire l’illustrateur(trice) a fait des choix ? 

C’est Tsik, une jeune illustratrice dont c’était le premier contrat d’illustration à des fins éditoriales, qui a réalisé la mise en images et en couleurs du conte. J’adore ce qu’elle a fait et elle a été très minutieuse dans son travail. Étant donné qu’il s’agissait de sa première expérience, je lui ai fourni un cahier des charges avec les scènes précises de chaque chapitre que je souhaitais voir illustrer et elle m’a indiqué si ces scènes l’inspiraient ou si elle en préférait d’autres. Nous avions ensuite convenu d’un rétroplanning de travail, et nous nous retrouvions chaque mercredi sur Zoom pour faire un point sur les illustrations. Elle partageait son écran et nous discutions des croquis, je lui envoyais des photos d’inspiration, elle me faisait des propositions, et je mettais mon grain de sel sur certains petits détails. Entre chaque rencontre, elle avançait de son côté. Cela lui a demandé 4 mois et demi de travail car elle se consacrait à ce projet le soir et les week-end en dehors de son emploi.  

Combien de temps avez-vous mis à créer ce livre ? 

Oulà ! Sacrée question ! Je ne suis pas sûre de vouloir y répondre car c’est le moment où l’auteure prend conscience qu’écrivain est le métier le plus mal rémunéré en taux horaire !
La première base de cette histoire a été élaborée fin décembre 2020 comme je l’ai dit plus tôt. Au départ, je n’avais pas l’intention de la reprendre pour en publier un livre, et puis l’idée s’est imposée à moi après une nuit d’insomnie et alors que je travaillais déjà sur un autre manuscrit jeunesse. J’ai exhumé ce conte fin mai, et j’ai attaqué la réécriture en juin-juillet. Je l’ai mis en bêta-lecture en août, puis j’ai effectué les derniers rounds de réécriture en septembre. Le manuscrit est ensuite allé en révision linguistique et en correction orthotypographique début octobre avec différents aller-retours, puis le texte a été transmis à la graphiste pour la réalisation de la mise en page. Celle-ci a été achevée début novembre. Je suis une écrivaine qui n’aime pas se presser pour publier un livre. J’aime que les choses soient bien faites et je souffre d’un certain travers de perfectionnisme, mais je me soigne ! Lol. Quoi qu’il en soit, de manière générale, je ne conçois pas de pondre un livre en trois mois.

Quel est votre but ultime en publiant ce livre ?

Mon but ultime … avec ce livre comme avec les autres, c’est de procurer une émotion au lecteur, à la lectrice, et de l’amener à penser.  

Je ne crois pas être capable d’écrire un livre qui soit uniquement divertissant. Même très jeune, il fallait que mes écrits offrent un éveil ou qu’ils permettent d’apprendre quelque chose, aussi bien à moi-même qu’à mon lecteur.  

Éveiller et Émerveiller, c’est mon but ultime. Et j’espère que mon petit renard glouton et ses cinq vies y contribueront.  

Pensez-vous que ce livre peut ouvrir les yeux à des personnes plus « âgées » sur le sujet ? 

Je le souhaite vivement, et même j’en suis convaincue.  

Je le mentionne en préface de mon livre : « ne trouve pas prétexte de ton âge pour te priver de lire cet ouvrage ». Mes contes, même s’ils sont classés en littérature jeunesse, s’adressent tout autant aux adultes et c’est la raison pour laquelle je n’écris pas des histoires pour enfants avec un vocabulaire « bébétisant ». Cela permet à l’enfant d’enrichir son vocabulaire (et quand j’étais petite, j’adorais apprendre des nouveaux mots) et à l’adulte d’apprécier le style du texte, de prendre du plaisir à lire l’histoire, seul ou avec ses enfants.  

Le manque de ressources est un sujet très actuel avez-vous fait exprès de le mettre en valeur ici ? Avez-vous d’autres sujets importants d’actualité à mettre en avant ? 

Le manque de ressources est un sujet qui me tient très à cœur et qui va se retrouver dans d’autres de mes contes. Je suis effarée de voir les milliards de dollars qui se dépensent pour jouer aux touristes dans l’espace alors que ceux-ci pourraient être investis pour préserver l’Amazonie, faire reculer le désert du Sahara, protéger les animaux et les populations, et réduire le gaspillage. On se tourne vers l’espace comme solution d’avenir pour la survie de l’humanité au lieu de prendre soin de ce qui pourrait être notre paradis si on modifiait certains de nos comportements et mentalités. C’est le cœur du propos de Les cinq vies d’un renard glouton.  Il y a beaucoup de sujets qui me tiennent à cœur et je les explore de différentes manières selon le public cible et le genre littéraire de mes récits.  
Dans mon livre jeunesse à paraître en 2022 je vais mettre en avant la complexité de la nature humaine, il y sera aussi question de l’importance de l’éducation des filles et de la possibilité pour chacun de demeurer dans son confort ou d’agir pour améliorer le monde.  Et dans mes tiroirs, il y a un carnet de notes avec un plan et des fiches personnages pour un conte consacré de nouveau au gaspillage, mais cette fois-ci de l’eau.  
Dans mon recueil de nouvelles dont la parution est également prévue pour 2022, c’est la thématique de la santé mentale et de la résilience que j’explore.  


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